Stéphane Mallarmé
Sonnet en Double Vé
Je laisse l’Azur aux purs, mon œil est sous l’uvée ; Le mot pèse entre mes lèvres : il vaut plus que l’air ; Toute la peau répond : la morsure est prouvée, De l’urne aux cendres, rebuts — rebattre le fer. Ma chair fut mon outil, et s’est enfin trouvée, Sous ce sombre tambour scarifié par l’éclair, La larme a l’âme nue : étincelle avivée. La page noire d’ancre a rendu mes doigts fiers. De pétrir le mot jusqu’à trouver la matière, L’idée contre la peau retourne à la poussière ; Car le sexe est passage là où se troue Vé. Mon esprit y plonge, tout le sang relevé ; Puis rendant au présent sa frontière soulevée, Mon corps à nu j’expire, et la voix est levée.La Mal Armée