Stéphane Mallarmé
Le pli du refus
On me voulut pur, et je fus dense. Non l’éclair, mais ce qui l’absorbe. Un lieu sans reflet. Un fond sans oracle. Rien ne m’a été donné — sinon la peine d’écrire. Et cela même, je l’ai tordu. J’ai ôté la grâce, gardé l’os. Le silence n’est pas vierge : il est creusé. Strié de gestes anciens, ni glorieux ni nommables. Je n’ai rien chanté. J’ai pesé, parfois, dans le contre-jour d’une langue lasse, un mot qui ne se laisse pas soulever. L’esprit ? Un leurre d’altitude. L’azur ? Une fatigue d’œil. Je reste bas, non par faute, mais par forme. Et si j’ai tracé — c’est à même le grain, avec la ténacité des pierres qui refusent encore la figure.Le refus du pli
Je me voulus pur orbe — mais je suis devenu danse. Pas l’éclair qui consume, mais ce trou qui l’absorbe. Sacrée lumière sacrée ! ni saint lieu, ni blanc oracle : seulement un fond sourd, page Noire mate, sans miracle. Rien ne m’a été donné — que l’obstacle ardent ourdi d’un dire têtu. J’ai ôté la grâce — gardé : l’os, le poids, la trace. Je n’ai que chanté rien. J’ai soufflé, parfois, dans le contre-jour d’une langue lasse, un mot qui ne se laissait pas soulever. Alors, le silence ? Ce n’est pas ce cierge vide, mais creusement, trace dense — strié de gestes sourds, rebelles et avides. L’esprit ? Une idée d’altitude, l’azur ? Une fatigue d’yeux blancs. Je reste bas, non par faiblesse, mais par choix. Et si j’ai tracé — c’est à même le grain, contre la ténacité des pierres qui refusent encore la figure. Si le blanc fut promesse et mensonge, alors que la nuit noire soit le berceau — non du silence immaculé, mais de l’encre dense et vivante, page où s’écrit la peau du monde, pureté obscure, qui ne s’explique pas, mais qui se donne — entière, résistante, libre.La Mal Armée