La truie et les verrats
Trois verrats, pleins d’orgueil, disaient sans se vanter :
« Notre femelle faible, et de corps et d’esprit,
Ne nous vaut point, et nous devons la protéger ».
Ouïssant près, une Truie fort belle se dit
Se faire plus humble qu’ils ont envisagé.
Elle soupire, elle tremble, et se dit près de choir :
Attributs en avant, fiers de leurs préjugés,
Aussitôt nos galants se hâtent de la croire
Leurs belles queues et leurs épaules redressées,
Ils s’empressent autour : « La débile gorette ! »
Quand l’un porte son faix, l’autre à ses pieds s’arrête ;
Et sur son dos la grâce porcine est hissée.
Au gué, quand le troisième manque se noyer,
La belle replète s’émeut de ses sabots.
La chaleur les étreint sous ses plis coloriés,
Le ruisseau franchi, c’est le bois, puis le coteau.
Ils gagnent enfin la soue, puis enfin sa litière,
Chassent le vent, l’insecte, et gardent la clairière ;
Et plus ils insistent, plus la Truie, à propos,
Se dit lasse, se plaint, et demande du repos.
Enfin, l’un d’eux, rompu, dit : « C’est trop de charbon ! »
Et forçant le trait se jette sur le jambon.
La Coche riposte d’un revers mérité,
Dit ne rien lui devoir, n’ayant rien demandé.
« vous m’avez crue faible, à la fois bête et soumise,
Infatués Pourceaux, la bourse pour église.
J’ai pris votre mépris pour chemin et pour loi ;
Qui tient l’autre pour tel se rend sot plus que moi. »
Moralité :
Qui croit l’autre faible ou sot, n’y voyant problème,
Se forge un joug de bête, et s’y met de lui-même.
Souillac, le 6 février 2026